IA et Propriété Intellectuelle : à qui appartiennent vos contenus générés ?

L’essor fulgurant de l’intelligence artificielle générative (ChatGPT, Midjourney, Dall-E…) bouleverse nos méthodes de création. Mais derrière l’efficacité technique se cache un vide juridique complexe : qui détient les droits sur une œuvre produite par une machine ?

Pour les entreprises et les créateurs, la réponse à cette question est cruciale pour sécuriser leurs actifs immatériels.


1. Le principe du droit d’auteur : une affaire d’humains

En droit français et européen, la propriété intellectuelle est intrinsèquement liée à la figure de l’auteur. Pour être protégée par le droit d’auteur, une œuvre doit être originale, c’est-à-dire qu’elle doit porter « l’empreinte de la personnalité de son auteur ».

  • L’IA n’est pas une personne : À ce jour, une IA n’a pas de personnalité juridique. Elle ne peut donc pas être reconnue comme « auteur ».

  • L’absence de choix créatifs : Si l’utilisateur se contente de donner une instruction vague (un « prompt » succinct), les tribunaux considèrent généralement que c’est la machine qui a opéré les choix esthétiques ou structurels, et non l’humain.

Conséquence : Un contenu généré à 100% par une IA sans intervention créative humaine majeure risque de tomber directement dans le domaine public. Tout le monde pourrait alors le réutiliser sans votre autorisation.


2. Le rôle du « Prompt » : suffit-il à conférer un droit ?

C’est le débat actuel qui anime les prétoires. Peut-on considérer que le rédacteur du prompt est l’auteur de l’œuvre ?

La jurisprudence tend à être restrictive :

  1. Le prompt comme idée : Le droit d’auteur ne protège pas les idées, mais seulement la forme. Une commande telle que « Dessine-moi un chat bleu dans le style de Van Gogh » est une idée, pas une expression créative protégée.

  2. Le degré de contrôle : Pour revendiquer des droits, l’utilisateur doit prouver qu’il a exercé un contrôle étroit sur le résultat (itérations multiples, ajustements précis, retouches manuelles post-génération).


3. Ce que disent les Conditions Générales d’Utilisation (CGU)

À défaut de protection claire par la loi, il faut se tourner vers les contrats. Les plateformes d’IA précisent souvent la répartition des droits dans leurs CGU :

  • OpenAI (ChatGPT) : Précise qu’elle cède à l’utilisateur ses droits sur les « Outputs », sous réserve que l’utilisateur respecte les règles.

  • Midjourney : La propriété dépend souvent du type d’abonnement (payant ou gratuit).

Attention : Ces clauses contractuelles ne valent que pour les parties. Elles ne garantissent pas que l’œuvre sera protégée face à un tiers qui déciderait de la copier. Un contrat ne peut pas créer un droit de propriété intellectuelle là où la loi ne le reconnaît pas.


4. Les risques de contrefaçon « en amont »

Le risque ne porte pas seulement sur la propriété de ce que vous produisez, mais aussi sur la violation de ce qui a servi à entraîner l’IA.

Si l’outil génère un contenu trop proche d’une œuvre existante protégée (un texte, un logo ou une image d’artiste), vous pourriez être poursuivi pour contrefaçon, même si vous ignoriez que l’IA s’était inspirée de cette œuvre spécifique.


Nos conseils pour sécuriser vos créations

Face à cette insécurité juridique, plusieurs réflexes s’imposent pour les professionnels :

  • Documentez votre processus : Conservez les preuves de vos itérations, de vos prompts complexes et de vos retouches manuelles. Cela prouve votre apport créatif.

  • Vérifiez les CGU : Assurez-vous que l’outil utilisé vous cède bien les droits d’exploitation commerciale.

  • Hybridez vos contenus : Plus l’intervention humaine est forte après la génération (réécriture, montage, design), plus la protection juridique est solide.

  • Clause de transparence : Dans vos relations contractuelles, précisez la part d’IA utilisée pour éviter tout litige futur avec vos clients ou partenaires.


Le droit de l’intelligence artificielle est une matière en pleine mutation. Pour sécuriser vos projets et vos actifs numériques, l’accompagnement par un conseil spécialisé est indispensable.

Maitre Julien Lemaitre

Avocat au barreau de Rennes depuis l’année 2013, Julien Lemaitre exerce le droit des affaires, en qualité de conseil, au bénéfice d’entreprises et de particuliers.

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